Les dessous de l’arrivée de Thunder Power à Charleroi

Cela fait plusieurs mois que le projet d’installation de la société chinoise de production de voitures électriques Thunder Power sur l’ancien site industriel de Caterpillar était dans l’air. Ce vendredi 19 octobre 2018 marquait enfin la signature officielle de l’accord entre la Sogepa et Thunder Power. Sous réserve du succès de leur levée de fonds, ce dernier scelle l’installation de leur production européenne sur le site de Charleroi qui était encore la propriété de Caterpillar il y a moins d’un an.

Pourtant, on le sait : il est extrêmement difficile pour une région trouver un repreneur suite au départ d’un géant industriel tel que Caterpillar. D’aucuns le pensaient même impossible. Néanmoins, grâce à la détermination et au travail collaboratif, rigoureux et systémique des autorités locales et régionales, Charleroi aura réussi à ne pas reproduire le même schéma que d’autres grands sites industriels laissés déserts bien des années après le départ du dernier occupant.

Zoom sur la véritable course relais qui a permis la concrétisation en un temps record de ce pari ambitieux pour l’avenir de Charleroi et de la Wallonie !

Premier relais (septembre 2016-août 2017): Gouvernement Wallon

Pour gagner la course, le démarrage était primordial ! Le signal de départ a retenti dès l’annonce de l’intention de fermeture de Caterpillar le 2 septembre 2016. Le gouvernement wallon se démène alors pour reprendre rapidement la main sur le site et fait savoir, haut et clair, sa ferme volonté d’avoir « par tous les moyens, dont l’expropriation si nécessaire » la maîtrise du foncier industriel. Le 27 mars 2017, soit un peu plus de 6 mois après l’annonce, Caterpillar cède son site à une joint venture composée de la Sogepa, bras armé financier du gouvernement wallon, et de l’intercommunale IGRETEC pour 1euro symbolique. Ce premier véritable tour de force a permis d’acquérir un avantage unique permettant d’utiliser le site de Caterpillar comme instrument pour mener une politique industrielle ambitieuse.

Dans la foulée, le 31 mars 2017, le Gouvernement présente son plan CATCH (Catalysts for Charleroi) dans le but d’accélérer la croissance de l’emploi dans la région grâce au développement des secteurs porteurs dans la région. Son chantier le plus visible sera la reconversion du site industriel de Gosselies. Pour assurer la mise en oeuvre du plan stratégique et renforcer une dynamique collective déjà bien inscrite dans la région de Charleroi, une cellule dédiée, appelée Delivery Unit, est mise en place dans la foulée.

Second relais (septembre 2017-mars 2018) : CATCH & AWEX

Dès sa mise en place en septembre 2017, la cellule CATCH en collaboration avec les experts de l’AWEX, identifie minutieusement la liste de tous les repreneurs potentiels à travers le monde. La philosophie est de se dire que si pour chaque piste identifiée, il y a moins d’1% de chances de succès, si on a 300 pistes potentielles, alors on a peut-être une chance d’y arriver. Des centaines de cibles sont rapidement identifiées et passées au crible en fonction de leurs spécificités. Aidée par les conseils d’Igretec pour les spécificités techniques du site et le réseau international des attachés économiques de l’Awex, la cellule CATCH classe les prospects par ordre de priorités : dans un premier temps, on privilégie les entreprises actives dans la fabrication d’engins de construction pour valoriser l’équipement abandonné par Caterpillar et on identifie les niches à haut potentiel de croissance comme l’électromobilité. Dans un second temps, on favorisera celles qui n’auraient pas besoin des équipements et en dernier recours, on démantèle tout.

 

« Il fallait qu’on tente le coup. Nous sommes dans une conjoncture globale très bonne. Il faut regarder les pays qui recherchent des marchés et nous devons nous positionner par rapport à ces personnes. Après, si on doit raser le site, tout casser, on pourra regarder les travailleurs de Caterpillar dans les yeux et leur dire qu’on a essayé. »

– Thomas Dermine, coordinateur de la cellule CATCH (dans l’Echo du 20/10/2018)

 

Après ce travail d’analyse, un travail systématique de démarchage mené conjointement avec les équipe de l’AWEX (Invest in Wallonia) est lancé pour rencontrer un par un tous les repreneurs industriels identifiés. L’objectif est de s’assurer que chacun sache qu’un site exceptionnel est disponible clé en main au coeur de l’Europe de l’Ouest. Des dizaines de groupes industriels sont contactés et rencontrés, des USA à la Chine en passant le Japon. Plus de 80% des retours sont négatifs.

C’est néanmoins lors d’une de ces rencontres sur le salon automobile de Francfort que le premier contact avec Thunder Power est établi. À ce moment-là, ces derniers sont déjà en discussions avancées avec la Catalogne et l’Ecosse pour y établir leur base européenne, mais c’était sans compter sur le Brexit et la crise indépendantiste de la Catalogne. Ces derniers événements ont suffi à semer le doute chez les Chinois qui se sont alors souvenus de leur rencontre avec les Wallons sur le salon de Francfort trois semaines plus tôt. S’en suivent de nombreux allers-retours entre la Chine et la Belgique pour construire une relation de confiance et des nuits blanches passées à répondre à des questions techniques et à construire un business plan qui démontre la pertinence d’une localisation à Charleroi.  

Troisième relais : SOGEPA & Gouvernement Wallon (mars-octobre 2018)

Une fois l’intérêt de Thunder Power de s’installer sur le site de Gosselies confirmé, c’est au tour de la SOGEPA, en lien étroit avec le Cabinet du Ministre de l’Economie Pierre-Yves Jeholet, d’entrer en piste pour une étape cruciale: analyser les détails du projet industriel et le financement.

Officiellement propriétaire du site depuis le 4 mai dernier, la SORESIC (Société de Reconversion des Sites Industriels de Charleroi, joint venture entre l’intercommunale IGRETEC et la SOGEPA) a joué un rôle déterminant dans l’aboutissement des négociations et la genèse de ce projet d’électromobilité en Wallonie. De l’entretien minutieux du site et de ses infrastructures par une équipe dédiée d’anciens de Caterpillar jusqu’aux analyses des spécificités techniques exigées par les repreneurs potentiels, rien n’est laissé au hasard pour maximiser les chances de signer une reprise du site.

Après une due diligence menée par le consultant Deloitte et des retours d’analyse encourageants sur le plan industriel, une délégation wallonne s’envole à nouveau vers la Chine à la fin mai pour rencontrer les responsables de Thunder Power, toujours avec CATCH mais cette fois en compagnie de représentants de la Sogepa et du Cabinet du Ministre Jeholet. Au programme : visite du HQ de Thunder Power à Hong Kong et de leur centre de production en construction à Guangzhou au nord-est de Hong-Kong.

« C’était vraiment impressionnant. À l’arrière du futur site de production, c’est carrément une université dédiée aux voitures électriques qui sort de terre. »

– Renaud Witmeur (dans l’Echo du 20/10/2018)

Après de longues négociations qui durent tout l’été 2018 et plusieurs rebondissements, Thunder Power et la Sogepa finalisent un accord qui comprend un investissement significatif de la part de Thunder Power pour produire à Gosselies un premier modèle et prévoit une participation de la région au projet. Celle-ci, à travers la SORESIC, reste propriétaire des actifs du site de Caterpillar.

Vendredi 19 octobre dernier scellait donc le commencement d’une nouvelle étape de la course : le début de l’histoire Thunder Power en Belgique. À cette occasion, le Président et CEO de Thunder Power, Mr Wellen Sham, a présenté en exclusivité mondiale le prototype du premier véhicule qu’il entend assembler sur le site belge : une petite citadine du nom de Chloé, dotée d’une autonomie de 350km.

Quatrième relais : Thunder Power, SORESIC et partenaires (octobre 2018 – )

La signature de l’accord entre la Région et Thunder Power ne marque pas la fin de la course, mais une nouvelle transmission dans la course au succès industriel. C’est aujourd’hui à Thunder Power, et à l’ensemble des partenaires locaux, de prendre le relais pour faire de ce projet industriel une réussite. 

La reconversion d’une région est un acte entrepreneurial et entreprendre, c’est prendre des risques. Tout projet industriel qui se veut ambitieux comporte sa part de risques, l’essentiel est que ces risques soient assumés et maîtrisés. Dans cette course relais, les risques sont assumés, puisque l’on sait très bien que l’alternative, c’est de laisser le site abandonné comme le site d’Opel à Anvers ou de Ford à Genk. Ils sont aussi maîtrisés, puisque la maîtrise foncière reste entre les mains des partenaires publics wallons.

En outre, Thunder Power n’occupera que 2/3 du site industriel de Gosselies, ce qui signifie que les équipes CATCH, AWEX et IGRETEC continuent leur travail de prospection pour passer à nouveau le relais à leurs partenaires wallons et espèrent amener à Charleroi, un nouveau projet industriel structurant.

 

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